Texts about Daniel


"Daniel Flammer a une activité de vidéaste et de peintre. Les vidéos qu’il montra à l’occasion de son exposition témoignaient d’une certaine ironie vis-à-vis de sa pratique picturale et de l’histoire de l’art, ce qui était de bon augure, un peu de distance entre soi et son sujet d’étude étant souvent salutaire.

Il élaborait alors sur de plus ou moins grands formats des structures assimilées à des sortes de grilles sur lesquelles venaient se fixer certains objets, parfois reconnaissables, d’autres fois non. Il était question au travers de ces structures, de « piéger le réel ». Les couleurs étaient vives et, à partir de ces entrelacs, il émergeait parfois des sortes d’hybrides qui venaient s’imposer sur la toile, de façon tonique et joyeuse, cette tonicité rejoignant l’aspect farce des vidéos. Cette hybridation était issue de taches qui évoluaient entre forme pure et figure pour finir par se manifester en créatures d’apparence biomorphique. Daniel Flammer développe un registre tendu entre abstraction et représentation, c’est à dire qu’il constitue ses figures à partir du terrain de l’abstraction, terrain où la forme se vit comme tâche avant d’être figure d’usage..

L’espace où elles prennent corps est un espace que l’on peut caractériser comme bidimensionnel, à cette réserve près que la grille, assez déformée et sans doute usée par le modernisme, devient une sorte de piège à trois dimensions pour des figures colorées et bizarres, celles-ci évoquant parfois un semblant de profondeur, ce qui renforce la sensation d’avoir à faire à une surface hétérogène. Il y a de l’humour dans ses peintures, humour conjugué d’une grande aisance à composer les images. Tout au long de cette année Daniel Flammer s’est interrogé sur l’espace dans lequel il veut développer ses motifs. A l’heure à laquelle j’écris ces lignes, il semble qu’il aille vers un surplus de réalité et de mise en perspective, manière d’évoluer vers une peinture plus naturaliste, où le réel ne serait plus seulement piégé de façon fragmentaire, mais transposé en partie prenante de la représentation, permettant ainsi à des thématiques proches du bizarre et de l’extravagant de se déployer dans un espace renouvelé."

Marc Desgrandchamps
Artiste
Texte paru en 2009 dans le catalogue «  Mouvements des atomes, mobilités des formes »


"Les peintures de Daniel Flammer sont des paysages mentaux. Mélange d'inquiétude et d'incongru, où les règnes de la nature s'entremêlent en d'étranges créatures hybrides, ils nous font penser à des rêves, à des cauchemars quelquefois. Des personnages au regard absent, d'autres à l'expression opaque derrière leur tête d'animal, font vaciller nos repères. Que regardent-ils ? Une femme effarouchée, comme échappée d'une toile d'un maître ancien; des têtes sans corps enchevêtrées au dessus des flammes à la manière de croquis d'études anatomiques nous mettent sur la voie: l'univers de Daniel Flammer est d'abord celui de la peinture même. Une peinture aux couleurs cinglantes où le froid des bleus verglacés tranche avec la brûlure des rouges. Où le violet d'une balustrade, surgie d'on ne sait où, vient trouer les gris d'un paysage minéral. Tandis qu'au loin un paysage solaire se déploie. Ces scènes semblent nous raconter des histoires, venues peut-être des mythes anciens qui peuplent notre inconscient. Mais on a beau les regarder, en scruter les nombreux détails – un homme qui court au loin dans un nuage (est-ce de la poussière?), d'autres qui non loin du feu se livrent à d'invisibles travaux – ils ne nous livrent rien de leur mystère. Nous laissant séduits et perplexes."

Nadine Vasseur
Journaliste et écrivain
Texte paru en Juin 2009


Philippe Lespinasse
Journaliste
Article paru dans le mensuel « Siné Mensuel n°19 » en Avril 2013


"J'avoue une préférence très marquée (subjective forcément) pour les dessins de Daniel Flammer, même si l'artiste s'exprime aussi par la peinture. Ses dessins ont cette force de la liberté qu'est la passion. On sent que l'artiste jubile en frottant son crayon noir sur le papier et qu'il laisse libre cours à la vigueur de sa main. Un coup de crayon propre à la puissance de la gravure, un domaine où il excellerait mais reporté car trop proche d'une histoire familiale Archifolle, Paysage sexuel, Ville monde…, même ses titres révèlent sa jouissance!

Non, Daniel Flammer n'est pas fou : juste ce brin de folie de l'enthousiasme qu'on ne retrouve pas dans ses peintures, plus réfléchies et un peu trop "léchées".
"Petit à petit, j'ai accordé une plus grande importance à mes impulsions et j'ai utilisé des formes ou des éléments que je trouvais en dessinant. C'est à l'intérieur des grilles, des cages en bois, ou des armatures métalliques que je peins, que des objets ou événements, extraits de leur contexte originel, se retrouvent pris au piège. Ces objets renvoient au monde du jeu (seau, raquette, mikado), de la science (ustensile de chimie, médicament, parabole)…

Il y a aussi une tonalité de l'ordre du souvenir, de l'absence : finalement, ces peintures sont comme des arrêts sur images. Elles sont statiques, hors du temps, et leurs espaces sont improbables. En effet, il s'agit de faux espaces, de cages, de structures, voire d'infrastructures ou de réseaux. Ainsi, chaque peinture est pour moi une occasion de faire le deuil d'images liées à l'enfance, à l'Histoire ou à l'actualité, dans une tentative toujours répétée de décomposer/recomposer les souvenirs."

Peintures ou dessins, les sujets sont les mêmes, avec ce "non-finito" supplémentaire qui donne plus de vie à ses dessins.
Daniel Flammer est jeune certes, mais son talent est bien réel. Ce ne sont pas ses collectionneurs qui le nieront et encore moins ses galeristes comme Polad-Hardouin…"

Véronique Grange-Spahis
Critique d’art journaliste
Article paru sur www.explorevue.com en Mars 2015


Patricia de Aquino
Journaliste